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Obligation de neutralité vs devoir de réserve

Obligation de neutralité vs devoir de réserve

vendredi 12 avril 2019

Comme l’affirme Paul Devin cette semaine (secrétaire général du SNPI-FSU, syndicat des IEN) sur son blog Médiapart, nous ne devons pas céder à des menaces qui réduiraient une liberté d’expression du fonctionnaire légalement reconnue. C’est la même logique démocratique qui nous conduira à respecter l’obligation de neutralité mais à refuser les abus qui voudraient interdire l’expression de nos opinions.

Suite aux interrogations de collègues, nous jugeons nécessaire d’apporter quelques précisions afin de lever les ambigüités de certaines formulations.

Dans l’exercice de leurs fonctions, les enseignants, comme tous les fonctionnaires, doivent respecter une stricte neutralité, notamment en ce qui concerne leurs opinions politiques ou religieuses. Ils respectent en cela le principe de laïcité et de neutralité.

Le devoir de réserve n’existe pas
Les droits et obligations des fonctionnaires d’État sont gérés par la Loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dans laquelle la notion de « devoir de réserve » n’existe pas... Le « titre II du statut général des fonctionnaires de l’État et des Collectivité locales » - Loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 - qui porte sur les « dispositions statutaires » des fonctionnaires ne fait nulle part mention d’un quelconque « devoir de réserve »...

Rien ne restreint pour les enseignants (ni pour les fonctionnaires), la liberté de tout citoyen d’exprimer son opinion, de participer à une manifestation publique, de signer une pétition, etc. Cependant, il est interdit aux enseignants (et aux fonctionnaires) d’engager l’Éducation Nationale (ou leur ministère de tutelle) par leur prise de position en la liant à leur fonction.

Le devoir de discrétion n’est pas un devoir de réserve
Le devoir de discrétion (comprenant le secret professionnel et la discrétion professionnelle) interdit aux agents de révéler des informations portées à leur connaissance par des usagers ou d’autres agents de l’État au cours de l’exercice des fonctions.

La définition du « secret professionnel » se trouve dans l’article 26 de la loi 83-634 qui dit ceci : « Les fonctionnaires sont tenus au secret professionnel dans le cadre des règles instituées dans le code pénal. Les fonctionnaires doivent faire preuve de discrétion professionnelle pour tous les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions. En dehors des cas expressément prévus par la réglementation en vigueur, notamment en matière de liberté d’accès aux documents administratifs, les fonctionnaires ne peuvent être déliés de cette obligation de discrétion professionnelle que par décision expresse de l’autorité dont ils dépendent. »

Autrement dit, si dans l’exercice de nos fonctions, nous sommes amenés à avoir connaissance d’éléments d’informations d’ordre privé ou confidentiel nous sommes tenus de ne pas en faire état publiquement.

Ni les adjoints ni les directeurs d’école ne sont des “fonctionnaires d’autorité”
La jurisprudence indique que les seuls fonctionnaires pour lesquels peut s’appliquer une injonction de réserve, sont les « fonctionnaires d’autorité » qui, placés à un poste hiérarchique de leurs services, ne sont pas libres de leurs expressions dans la mesure où leurs propos personnels pourraient, du fait de leurs fonctions, être compris comme étant la position du service public qu’ils représentent.

Dans l’Éducation Nationale, les fonctionnaires d’autorité sont, par exemple, les Inspecteurs, les Principaux, les Proviseurs, qui sont effectivement tenus à une obligation de réserve sur certaines questions relevant de l’exercice de leur fonction (pour certains, leur droit de grève est par ailleurs restreint).

Mais ce n’est le cas ni des enseignants, ni des directeurs d’école.

Connaître ses droits et les faire vivre
Au début du XXème siècle, les fonctionnaires n’avaient pas le droit de se syndiquer, ni de s’exprimer publiquement. Depuis maintenant plusieurs dizaines d’années, les fonctionnaires ont les mêmes droits d’expression que les autres citoyens. Cette liberté d’expression est garantie par la constitution dans les limites prévues par la loi (diffamation, injures...).

Nous ne devons surtout pas nous laisser intimider par des injonctions qui ignoreraient la législation et les limites de ce « devoir de réserve ».

Disons-le clairement, tout enseignant a le droit, en dehors de ses heures de service, de prendre part à un débat sur la lecture, de participer à des rassemblements avec des parents d’élève contre la fermeture d’une classe, de faire part aux médias de son indignation après l’expulsion d’une famille de sans-papier, etc.

L’exemplarité de l’article 1 du projet de loi Blanquer
Dans un contexte où l’administration renforce la pression sur ses agents, où elle veut les contraindre au silence et parfois même où elle les menace de mesures disciplinaires, on comprend que l’article 1 du projet de loi Blanquer ait quelque peine à être considéré par ses seules vertus protectrices et puisse faire naître de graves inquiétudes. L’étude d’impact exprimait clairement la volonté de légaliser des éléments jurisprudentiels : difficile de comprendre autre chose qu’une volonté de donner un cadre légal à l’obligation de réserve. On voit dès lors que si la référence à la loi de 1983, introduite par amendement, constitue une avancée, elle est loin de suffire pour garantir contre des évolutions qui réduiraient le droit d’expression. Il ne s’agit évidemment pas ici de douter du fait que le comportement d’un agent du service public doive être exemplaire mais de craindre l’usage qui sera fait de cette logique légale d’exemplarité.

En guise de conclusion
Dans l’exercice de vos fonctions (en classe, en conseil d’école, en entretien avec des parents d’élève, etc.), vos propos doivent être empreints de modération et respecter la neutralité qui est celle de l’État. Dans vos conversations privées, vous avez la même liberté que tout autre citoyen. Dans votre vie publique, vous n’êtes pas soumis à un devoir de réserve, n’étant pas "fonctionnaire d’autorité", et vous bénéficiez de la même liberté d’expression que tout autre citoyen, à condition de ne pas engager l’Éducation Nationale par votre prise de position. Par exemple, vous ne pouvez pas dire : "en tant que directeur (ou enseignant), je ne peux que dénoncer la décision d’expulser M. X", car cela pourrait signifier que l’Éducation Nationale est opposée à la décision en question. Mais vous pouvez dire : "je suis directeur de telle école où un papa immigré risque l’expulsion. En tant que citoyen, je suis choqué par une telle mesure et je la dénonce."

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